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Notre plan d'action

+ - Plan bruxellois de Soutien aux Familles monoparentales

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Pourquoi un plan pour les familles monoparentales ?

La Région de Bruxelles-Capitale compte sur son territoire un nombre très important de familles monoparentales. Près de 65 000 ménages monoparentaux sont en effet dénombrés. Les parcours de vie qui mènent à la monoparentalité de ces familles sont divers (séparation, décès, violences conjugales…) et leurs situations le sont tout autant (statut social, emploi, santé, âge).

Un constat marquant apparaît cependant : à la tête de ces familles, se trouvent pour la toute grande majorité (86 % - sur base du domicile des enfants tel qu’il figure dans le registre national des personnes physiques), des femmes. La monoparentalité est donc un phénomène genré, qui demande à être appréhendé comme tel. En effet, non seulement la grande majorité des ménages monoparentaux sont constitués d’une femme élevant seule un ou plusieurs enfants, mais les problématiques vécues par ces familles sont imprégnées et renforcées par les inégalités de genre à l’œuvre dans notre société.

C’est la raison pour laquelle, dans le présent plan, le féminin est utilisé à titre épicène, c’est-à-dire qu’il est parfois fait référence aux mères monoparentales en lieu et place du terme familles monoparentales, afin de souligner le caractère genré de la problématique, d’autant que les mères et pères solo n’expérimentent pas nécessairement les mêmes difficultés, ni dans les mêmes proportions. Ce choix terminologique reflète donc un engagement conscient, même s’il n’implique évidemment pas d’exclure les pères solo des mesures d’actions positives qui seront décidées à l’égard des familles monoparentales dans le cadre de ce plan.

Par ailleurs, lorsque nous parlons de femmes, d’hommes, de mères ou de pères dans ce plan, nous faisons référence aux personnes qui s’identifient comme telles. Nous avons, lors de la préparation et de la rédaction de ce plan, intégré consciemment à nos réflexions la situation particulière de nombreuses personnes cumulant les facteurs de discrimination et se trouvant à l’intersection de plusieurs de ceux-ci.

Les familles monoparentales sont confrontées à de nombreuses difficultés et supportent seules l’ensemble de la charge mentale, financière et quotidienne du foyer, y compris la prise en charge des enfants. Elles cumulent donc à elles-seules emploi, formation ou recherche d’emploi, éducation des enfants et organisation du quotidien.

Dans de nombreux cas, s’ajoutent encore à cela les combats administratifs ou judiciaires liés à l’entrée en situation de monoparentalité et à la reconnaissance de leurs droits. Les mères monoparentales encourent un risque accru de pauvreté en raison de la diminution de leurs revenus à la suite de la séparation, à l’inégale répartition des frais liés aux enfants avec l’ex-conjoint, au coût du logement, ainsi qu’à une flexibilité et une disponibilité sur le marché de l’emploi rendues plus difficiles par le fait de supporter seules l’éducation des enfants. Ceci s’ajoute au fait que, rappelons-le, les femmes se retrouvent plus souvent occupées dans les secteurs les plus précaires et les moins rémunérateurs de notre économie. 

Dans ces familles, un seul revenu doit subvenir à l’ensemble des besoins du ménage, ce qui, de fait, induit des limitations dans de nombreux domaines : accès au logement, aux soins de santé, à une alimentation équilibrée, à la crèche, aux sports, à la culture, aux loisirs, à un environnement sain, etc. Le cumul de ces difficultés aug- mente le risque d’isolement social ou de burn-out, avec toutes les incidences négatives qui en découlent sur la santé et l’épanouissement personnel tant des parents solos que des enfants.

Face à ce constat préoccupant, le Gouvernement bruxellois s’est engagé, dans sa Déclaration de Politique Régionale, à établir un plan d’actions spécifique aux familles monoparentales et en particulier aux femmes seules avec enfants, en concertation avec les acteurs du secteur associatif actifs aux côtés de ces familles.

Un Plan régional transversal

L’objectif du présent plan d’actions est d’apporter une réponse coordonnée et efficace aux besoins des familles mo- noparentales et particulièrement aux femmes seules avec enfants. L’ambition est d’actionner un maximum de leviers régionaux afin de développer des actions innovantes pour venir en aide à ces ménages.

Ce plan bruxellois de soutien aux familles monoparentales a été élaboré en étroite coordination avec tous les ministres, secrétaires d’État et services publics concernés de la Région de Bruxelles-Capitale. Cette approche transversale engage avec elle une responsabilité partagée et des investissements collectivement soutenus.

Ainsi, Bernard Clerfayt, ministre en charge de l’Emploi, de la Formation professionnelle, de la Transition numérique et des Pouvoirs locaux à la Région bruxelloise, Alain Maron, ministre en charge de l’Action sociale et de la Santé à la COCOF et la COCOM, Barbara Trachte, ministre-présidente du Collège de la Commission Communautaire Française, chargée de la Promotion de la Santé, de la Famille et de l’Égalité des chances à la COCOF et Nawal Ben Hamou, secrétaire d’État à l’Égalité des chances et au Logement à la Région bruxelloise, ont ainsi initié une démarche de réflexion transversale autour de la monoparentalité, en collaboration avec l’Observatoire de la Santé et du Social et le Conseil Economique et Social (Brupartners) dont l’avis d’initiative a servi de structure aux travaux.

La monoparentalité : un statut spécifique à l’intersection du genre, de la parentalité et de la situation sociale

Quelques chiffres

En janvier 2020, la Région de Bruxelles-Capitale comptait 64.258 ménages monoparentaux sur un total de 555.967 ménages avec et sans enfants, ce qui représente près de 12% de l’ensemble des ménages bruxellois. Le nombre de ménages avec enfants, toutes situations confondues (mariés, cohabitants, monos) est de 197.490. Il y a donc 32,54 % de foyers monoparentaux parmi l’ensemble des familles bruxelloises avec enfants. A la tête de ces ménages, on trouve

55.306  mères  pour 8.952 pères, autrement dit 86.07%  de  mamans seules dans ces familles bruxelloises. Quant aux enfants, 106.958 petit·e·s bruxellois·e·s vivent dans un foyer monoparental.

Ces chiffres sont assez stables au fil des années. Bien que les chiffres observés dans les autres régions ainsi que dans des pays voisins comme la France ne soient guère différents, Bruxelles se place en tête en termes de nombre de familles monoparentales - ou en fin de peloton si on regarde les revenus de celles-ci.

De quoi parlons-nous concrètement ?

Il n’existe pas de définition unique et précise de la monoparentalité, en ce que les situations familiales sont très di- verses et ne sont pas nécessairement figées dans le temps. Toutefois pour le présent Plan, le choix est fait de s’appuyer sur la définition proposée dans l’étude de la Plateforme technique de la Monoparentalité en 2013, c’est-à-dire une situation: « où un parent assure en majeure partie seul au quotidien la charge économique et éducative du ou des enfant(s), qu’il ait (droit à) une rente alimentaire ou non. La famille basée sur un couple recomposé n’entre donc pas dans cette définition, ni les couples séparés qui organisent des formules de garde partagée équilibrée des enfants.»

Le facteur déterminant est donc le fait que la personne à la tête de la famille assume seule et pour la plus grande part, la charge des enfants (mentale, financière et affective).

De nombreuses raisons peuvent mener à la monoparentalité. La situation de monoparentalité peut être préexistante à la naissance de l’enfant ou apparaître au cours de la vie. Dans une grande majorité des cas, elle est non-planifiée. Les raisons les plus courantes ayant mené à la monoparentalité sont les suivantes : séparation/divorce, décès d’un des parents, père « inconnu » (n’ayant pas reconnu son enfant), choix de vie (procréation médicalement assistée), violences intrafamiliales, père dans l’impossibilité de s’occuper de son enfant (en prison, à l’hôpital pour un séjour prolongé, en institution psychiatrique…), père absent (vivant à l’étranger), etc.

Le fait que les situations de monoparentalité soient principalement vécues par des femmes et les spécificités de ces situations découlent d’un contexte social, juridique et économique qui a tendance à déresponsabiliser les pères et sur-responsabiliser les femmes dans les rôles parentaux. Outre les actions à mettre en œuvre pour faciliter et prendre en compte la monoparentalité et son aspect genré dans les politiques publiques, il apparait important qu’une dynamique visant à valoriser le rôle des pères et dégenrer la parentalité se mette en place à tous les niveaux de la société, que ce soit à travers la sensibilisation ou d'une réflexion sur le cadre légal proposé en termes de parentalité, etc.

Les conséquences de la monoparentalité

La monoparentalité est un facteur de difficultés dans de nombreux cas. Cette configuration familiale particulière est encore bien trop peu prise en compte dans l’organisation de notre société qui reste relativement figée et organisée selon une vision patriarcale et hétéronormée de la famille, incarnée par le couple hétérosexuel marié avec enfants, vivant sur deux salaires.

Un parent solo doit ainsi faire face, seul, à ce qui incombe habituellement à deux parents, avec pour effet un tiraille- ment permanent entre ce qu’il y a lieu de faire et ce qu’il est possible de faire. En découle fréquemment un sentiment de culpabilité : d’être au travail pendant que son enfant passe près de 10 à 12 heures par jour à l’école et à la garderie, de s’absenter du travail pour s’occuper de son enfant, de ne pas passer du temps de qualité avec son enfant, de ne pas avoir de temps pour ses amis, de ne pouvoir donner un père à son enfant, etc.

Cette situation a des répercussions dans tous les domaines de la vie. Bien que seuls certains de ces domaines font par- tie du champ des compétences régionales et font dès lors l’objet de mesures dans le présent plan, le choix a été posé de brosser dans cette introduction, une image la plus complète possible des enjeux liés à la monoparentalité.

Les conséquences de la monoparentalité s’apprécient à différents niveaux : l’image renvoyée au regard des normes de genre, du risque de pauvreté, de la violence intrafamiliale, du bien-être des enfants, de la santé mentale et physique, de l’isolement social, de l’accès au logement, de la formation, de l’emploi/la recherche d’emploi/le maintien à l’emploi, des places d’accueil pour les enfants, de l’école, de l’accès aux sports, loisirs et culture, de l’accès à l’information et aux droits, de l’organisation du quotidien, de la gestion de la parentalité, …

Monoparentalité et normes de genre

Au vu des chiffres, le caractère genré de la monoparentalité ne fait aucun doute. Par ailleurs, l’approche de genre nous apprend qu’à même situation sociale, professionnelle, financière, d’âge et de nombre d’enfants, la réalité monoparentale d’une mère ou celle d’un père sera différente du fait des enjeux dûs aux stéréotypes de genre qui imprègnent fortement la vie sociale.

L’asymétrie de considération selon le sexe du parent :

La situation d’un père seul avec enfants sera en effet souvent différente de celle d’une mère seule. Dans l’imaginaire collectif, la vision d’un père qui s’occupe de son/ses enfant/s est valorisée, tant par les femmes que par les hommes ; il est socialement accueilli avec bienveillance et son statut est reconnu de tou·te·s. Par ailleurs, une étude de Vie féminine fait le constat d’une différence dans les solidarités familiales vis-à-vis des hommes et des femmes. Dans l’entourage des hommes, d’autres femmes de la famille prendront plus souvent le relais pour s’occuper des enfants (grand-mère, belle-mère, …).

Les femmes, quant à elles, sont souvent isolées de leur propre famille et l’aide qui leur est proposée est plutôt financière. Les chiffres montrent par ailleurs que la situation de père célibataire est souvent plus courte que celle d’une mère célibataire.

Monoparentalité et risque de pauvreté

A Bruxelles, le groupe des familles monoparentales est statistiquement plus à risque de pauvreté et d’exclusion sociale : en 2018, le risque concernait 1 famille sur 2 (en particulier celles qui ne percevaient pas de contribution alimentaire pour les enfants).

Les mamans solo en particulier combinent les indicateurs socio-économiques qui expliquent ce risque accru de pauvreté :

- Elles présentent de faibles taux d’activité (44 %) et taux d’emploi (36 %) et un taux de chômage élevé (17 %);

-  Elles sont plus à risque de tomber dans le chômage de longue durée.

De plus, comme évoqué plus haut, l’organisation sociétale repose sur le présupposé de la famille nucléaire en tant qu’entité économique et financière. Or, un parent seul doit assumer la même charge financière et éducative que des couples de parents.

Enfin, le paiement d’une contribution alimentaire par le père n’est pas la norme, elle est bien souvent insuffisante et les mères sont particulièrement démunies face aux pères qui n’assument pas leurs obligations en la matière.

En effet, 40% des perceptions sont irrégulières ou nulles et pour 63% des parents, le montant est très insuffisant. Il n’existe à ce jour aucune base objective pour calculer le montant de la contribution alimentaire relativement au coût réel de la vie.

 

Monoparentalité et justice

 Une part importante de la vulnérabilité/fragilité liée à la situation de mère monoparentale découle de la diffi- culté de reconnaissance face à la justice de la responsabilité du père, et à un manque d’effectivité des décisions de justice, notamment en matière de contributions alimentaires. Beaucoup de mères doivent donc, en plus d’assumer seules la charge financière et éducative de leur foyer, mener de longues procédures judiciaires, finan- cièrement coûteuses, énergivores et peu gratifiantes.

Monoparentalité et violence intrafamiliale

Parmi les voies d’entrée dans la monoparentalité, la violence intrafamiliale est fréquente. Les violences peuvent être d’ordre économique, psychologique ou physique. Là encore, on se trouve face à une inégalité de genre qui s’exerce sur les femmes monoparentales puisque dans l’immense majorité des cas la violence est exercée par un partenaire ou un ex-partenaire. Les violences sont souvent synonymes d’une plongée précipitée dans la monoparentalité et s’accompagnent de nombreux défis.

Une réponse complète aux difficultés des familles monoparentales passe donc par l’application d’une politique engagée de lutte contre les violences faites aux femmes qui offre non seulement des solutions aux victimes mais s’emploie également à travailler au niveau plus global de la prévention et de la sensibilisation pour prévenir la violence chez les auteurs potentiels et garantir un cadre institutionnel qui empêche la victimisation secon- daire. Ces ambitions sont au centre du plan bruxellois de lutte contre les violences faites aux femmes, adopté par le Gouvernement bruxellois en juillet 2020. Avec ses cinquante-six actions concrètes, ce plan entend améliorer l’accueil, l’information, l’accompagnement et la protection des victimes mais aussi la formation et la sensibilisation des acteurs de la prévention, de la santé, de la sécurité, de l’urbanisme ou de la mobilité. Son approche compréhensive vise toutes les femmes et notamment celles pour qui la violence vient s’adjoindre à d’autres facteurs de vulnérabilité ou de discrimination, comme c’est le cas des mères monoparentales.

Dès lors, au vu de l’existence de ce plan qui prend à bras de la corps la problématique des violences faites aux femmes, il a été décidé de ne pas consacrer de chapitre spécifique à la thématique des violences dans le cadre du présent plan. L’intégralité du plan bruxellois de lutte contre les violences faites aux femmes peut être consul- tée sur le site : https://equal.brussels/fr/publications/plan-bruxellois-de-lutte-contre-les-violences-faites-aux- femmes/.

Monoparentalité et bien-être des enfants

Grandir dans une famille monoparentale n’est pas toujours sans conséquence pour les enfants. Les enfants qui évoluent au sein de cette structure familiale doivent composer avec le manque d’un parent et la stigmatisation qui peut encore en résulter. Par ailleurs, la monoparentalité va souvent de pair avec un risque de pauvreté infantile. La présence d’un seul revenu au sein du ménage pourra ainsi signifier que l’enfant ne bénéficiera pas d’autant d’avantages que les autres enfants (activités scolaires et extra scolaires, jouets, vêtements, etc.) ce qui peut engendrer des conséquences psychologiques néfastes.

Enfin, la question du temps et de la charge mentale sont des problèmes qui sont décuplés chez les familles monoparentales. De ce fait, la mère peut rencontrer des difficultés accrues à donner à ses enfants autant d’at- tention qu’elle le souhaiterait, étant absorbée par toutes les charges qui lui incombent.

 

Monoparentalité et santé physique / mentale

La monoparentalité crée également un risque plus important concernant l’état physique et psychologique des mères. Celles-ci risquent plus de vivre des phénomènes tels que l’isolement, bénéficiant de peu de soutien et portant une charge psychologique importante. L’accès à des consultations psychologiques leur est bien souvent hors de portée par manque de moyens financiers ou manque de temps, sans compter que souvent, celles-ci feront passer la santé de leurs enfants avant la leur. La monoparentalité fait par ailleurs partie des facteurs augmentant la probabilité de burn-out parental.

L’apparition d’une maladie chez un membre du foyer induit par ailleurs des problèmes pratiques qui se posent avec plus d’intensité chez les familles monoparentales, que ce soient les difficultés liées à la garde d’un enfant malade, ou le manque de solutions et de soutien pour la garde des enfants en cas d’hospitalisation du parent. Ces situations sont également un facteur de stress important pour les parents en situation de monoparentalité.

 

Monoparentalité et environnement

La santé mentale et physique et le bon développement des enfants sont directement liés à l’accès à un envi- ronnement sain et de qualité, à des espaces publics et espaces verts adaptés, et à une alimentation saine et équilibrée. Ainsi, le développement d’espaces verts de qualité, accessibles à toutes et tous, y compris dans les quartiers denses, et adaptés aux besoins des familles revêt une importance toute particulière pour les familles monoparentales. De même, l’accès à une alimentation équilibrée et saine ainsi qu’à des logements isolés et de bonne qualité pour toutes les familles, y compris les familles monoparentales est parfois une difficulté accrue pour ces familles.

Monoparentalité et isolement social

Une des grandes difficultés des parents solo est l’isolement social. Pour certaines femmes, celui-ci a pris racine dans le fonctionnement de l’ancienne vie de couple, en raison d’un surinvestissement au sein de la cellule familiale qui ne leur laissait que très peu de temps à consacrer à l’extérieur du foyer, ou à la construction d’un réseau social .

L’isolement social qui peut frapper les familles monoparentales peut aussi être la conséquence directe de la sé- paration, ou encore découler du manque de temps, de moyens, d’estime en soi, du poids du regard des autres, du conflit avec son ex-conjoint, etc. L’isolement social peut encore être rendu plus aigu pour des mères solo qui ne parlent pas une des langues officielles du pays, ou qui ont été victimes de violences et sont plus réticentes à créer de nouveaux liens.

La sortie de l’isolement est une des clefs pour soutenir les familles monoparentales. Il est fondamental de créer les conditions propices à la constitution d’un réseau qui pourra être un précieux soutien et une manière de s’épanouir au sein de la société14.

Monoparentalité et accès au logement

Arriver en situation de monoparentalité signifie très souvent devoir trouver un nouveau logement, parfois dans un nouveau quartier, devoir faire vivre la famille avec des revenus moindres tout en ayant à faire face à de nouveaux besoins.

Globalement, on peut affirmer qu’en matière de logement, les situations des familles monoparentales ont en commun le caractère subi. Le parent monoparental n’a que peu de marge de manœuvre pour se loger. Le parc locatif social est saturé à Bruxelles et le logement pèse lourd dans le budget familial. Le marché locatif privé est assez difficile d’accès, cher et trop peu adapté aux besoins 

Avec un seul revenu et un besoin inchangé en termes d’espace, la recherche d’un logement est un défi de taille. De plus, celle-ci s’accompagne de beaucoup de préjugés et discriminations, les propriétaires craignant qu’une femme seule avec enfant ne paie pas son loyer et soit difficile à expulser.

Au vu du prix des logements et de la pénurie de grands logements à Bruxelles, les familles monoparentales se retrouvent dans des logements souvent trop petits et de mauvaise qualité, voire insalubres, et/ou dans des quartiers éloignés de leurs réseaux sociaux.

De nouvelles difficultés liées au statut de cohabitant peuvent naître également à la suite de la rencontre de la mère avec un nouveau partenaire. En effet, la perte du statut isolé implique une diminution des revenus de remplacement, or avoir un nouveau partenaire ne signifie pas toujours que celui-ci assumera la moitié des frais liés aux enfants.

Monoparentalité et places d’accueil pour les enfants

Dans la plupart des cas, les parents en situation monoparentale avec de jeunes enfants doivent recourir aux services des crèches et autres garderies pour s’adonner à l’exercice d’un emploi rémunéré ou se consacrer à la formation ou la recherche d’emploi17. Ceux-ci sont ainsi confrontés avec d’autant plus d’acuité au manque de places d’accueil en structures collectives pour jeunes enfants et à la longueur des listes d’attente.

Mais l’offre d’accueil de la petite enfance à Bruxelles présente d’autres écueils qui pénalisent de manière cri- tique les familles monoparentales : horaires de l’accueil non-adaptés aux horaires de travail atypiques ou de for- mation, coûts élevés pour l’accueil et constat que dans les faits places sont souvent attribuées prioritairement aux parents qui travaillent18. Dès lors, il peut être considéré que l’obstacle le plus important à l’insertion so- cio-professionnelle des mères solo est la grande difficulté à trouver des places en crèches pour leurs enfants.

 

Monoparentalité et formation/emploi/recherche d’emploi/maintien à l’emploi

Pour les familles monoparentales, le parcours vers la formation, vers l'emploi ou la recherche d’emploi, sera souvent semé d’embûches. Cette affirmation est singulièrement vraie pour les mères monoparentales. En effet, le fait d’avoir ou non des enfants, leur nombre et leur âge ont un impact significatif sur le taux d’emploi des femmes. Etant donné la difficulté à concilier vie familiale et vie professionnelle, la participation des femmes au marché du travail a tendance à diminuer après l’arrivée d’un enfant. Et lorsqu’un épisode de monoparentalité survient, les femmes seules avec enfant(s) rencontrent plus de difficultés matérielles à régler et à articuler cette responsabilité avec les exigences du monde du travail.

Ainsi, le taux d’emploi diminue considérablement au sein des familles monoparentales, tant pour les hommes que pour les femmes, mais d’une façon plus significative pour les femmes. Le taux d’emploi des mères de fa- milles monoparentales est nettement plus faible que celui des mères en couple.

Lorsque les enfants sont en bas âge (0-3 ans), la recherche d’emploi est encore plus complexe. Les places en crèches étant affectées en priorité aux parents qui travaillent, la mère éprouve des difficultés pour se former, se présenter aux bureaux d’emploi, aux entretiens d’embauches, car elle n’a généralement pas les moyens d’enga- ger une gardienne et ne dispose pas toujours du soutien de sa famille. Ce phénomène n’est d’ailleurs pas sans questionner les politiques d’activation à l’égard de ce public.

De plus les employeurs peuvent être réticents à embaucher une femme seule avec enfant (surtout en bas âge), étant donné les restrictions d’horaires calqués sur ceux de la crèche puis ensuite de l’école.

Enfin, les mères solo sont confrontées, plus que les autres, au phénomène des « pièges » à l’emploi : pour certaines catégories de femmes (peu qualifiées, évoluant dans des emplois à bas salaires), lorsqu’elles additionnent les frais liés à l’emploi (frais de déplacements, nourriture, habillement, garde des enfants, …) et lorsqu’elles prennent en compte la perte des avantages sociaux, la différence entre accepter un emploi et rester au chô- mage est ténue. Dans ce cas, l’emploi n’est pas nécessairement synonyme d’augmentation du revenu et d’amé- lioration des conditions de vie.

 

Monoparentalité et appropriation numérique

L’accessibilité aux services numériques et les compétences numériques nécessaires à l’utilisation des outils numérique sont des leviers importants pour les ménages monoparentaux afin de faciliter leur insertion sociale et économique, que ce soit dans le cadre de la recherche d’un emploi ou pour l’organisation optimale de leur quotidien.

Le Plan d’Appropriation du Numérique 2021-2024 adopté le 12 février 2021 par le Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale à l’initiative du ministre Bernard Clerfayt opte pour une approche transversale et porte une attention particulière à six publics cibles dont font notamment partie les femmes et les personnes précarisées.

Si les familles monoparentales ne sont pas explicitement visées par ce Plan, la plupart d’entre elles peuvent s’identifier à un ou plusieurs de ces groupes cibles. Les parents solo peuvent donc bénéficier de ce Plan qui a vocation à être inclusif pour une transition numérique réussie. Les renvois aux mesures favorisant l’accessibilité et les compétences numériques de base des parents solo dans le cadre du présent plan s’appuient donc sur le Plan d’Appropriation du Numérique et sur les actions et objectifs déjà identifiés dans celui-ci.

Monoparentalité et scolarité

Alors que l’éducation se veut vecteur d’émancipation sociale et d’Égalité des chances, l’école peut paradoxale- ment être source d’inégalités pour les familles monoparentales.

Une étude menée par la FAPEO (Fédération des associations de parents de l’enseignement officiel) relate ainsi que l’inscription à l’école est plus difficile pour les familles monoparentales. Par ailleurs, tous les parents n’ont pas le temps, les compétences pour pouvoir suivre leurs enfants correctement. Enfin l’inadéquation des temps scolaires avec les temps professionnels est particulièrement préjudiciable pour les familles monoparentales du fait qu’elles sont moins flexibles que les familles biparentales. Cette moindre flexibilité entraine aussi des coûts de garderie plus importants.

La situation de monoparentalité peut également impacter négativement les enfants dans leur vie scolaire. En effet, les inégalités pour les enfants de mères seules les plus précaires sont nombreuses dans les écoles :

-  pas d’accès aux repas chauds

-  pas d’accès aux activités payantes de l’école

-  stigmatisation (pas de deuxième parent)

-  stigmatisation sur base de la situation socio-économique

-  retard scolaire

 

Monoparentalité et accès aux sports, loisirs et culture

C’est le budget qui est supprimé en premier dans une famille monoparentale, la culture étant en quelque sorte « un luxe » qu’elle ne peut se permettre. L’accès à la culture diminue encore avec le nombre d’enfants dans la famille. La même affirmation se vérifie en ce qui concerne les activités extra-scolaires des enfants, les loisirs ou la vie sociale de la famille.

Il n’existe pas, à l’instar des familles nombreuses, de réduction pour les familles monoparentales. La mère doit ainsi payer le prix plein pour elle et les prix normaux pour les enfants, pour la moindre entrée à la piscine, au cinéma, au musée, à la salle de sport…

Monoparentalité et accès à l’information et aux droits

La connaissance de ses droits, la connaissance des structures d’aide existantes, la connaissance de la législation etc. ne vont pas de soi. De nombreuses études font état de la difficulté des familles monoparentales pour trou- ver l’information qui permette de sécuriser sa situation et celle de ses enfants lorsque la monoparentalité surgit.

Rechercher les informations peut en effet devenir un véritable casse-tête. Afin de remédier à ce problème et de permettre une centralisation, l’accessibilité et la circulation de l’information, equal.brussels a eu pour mission de créer un site web reprenant l’ensemble des informations, qui a été lancé fin 2020 : https://parentsolo.brussels/. 

Toutefois de nombreuses écoles développent de nouvelles bonnes pratiques à encourager, démultiplier, voire systématiser.